En fait, le plus dur, ce n’est pas la mort en elle-même.
On pense y être préparé.
On ne l’est jamais tout à fait.
Quelque fois, ce n’est pas le deuil de la personne qui est le plus éprouvant. C’est leu deuil de tout ce qu’on aurait pu faire, et qu’on ne fera plus.
Il y a deux mois, tout juste deux mois, elle était encore belle, digne, râleuse. Oui, râleuse. Elle a toujours mauvais caractère. Elle dresse dédaigneusement sa lèvre supérieure en signe de mécontentement, elle hausse les épaules, tourne la tête et boude. Quand elle n’arrive pas à se faire entendre, elle balaie l’air d’un geste sec de la main. Elle tourne ainsi la page d’un livre. Le chapitre est clos. Passons.
Dernièrement, elle a pris la décision de tourner la page de sa propre vie.
Elle n’aime pas attendre, elle n’a jamais aimé attendre.
Elle est si petite, si maigre, si affaiblit. Elle a juste assez de force pour murmurer dans un sourire : « mon petit, laisse moi, laisse moi tranquille, je suis fatiguée ». Elle est si sereine.
On croit que le plus dure, c’est de la voir ainsi.
Le plus dure ce n’est pas de se dire qu’on ne la reverra plus.
Dans le fond, elle sera toujours là.
Le plus dure c’est de faire le deuil de tout ce que je pourrai plus faire avec elle, de se dire que dans une famille, déjà si fine, si transparente et si fragile, rien ne sera plus comme avant.
Il faut savoir tourner la page.
Aucune fête
de famille ne sera plus jamais pareille.
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